mercredi 3 février 2016

ET SI ON ARRÊTAIT DE VACCINER !




ET SI ON ARRÊTAIT DE VACCINER !

François BRICAIRE
Chef du service Maladies infectieuses et tropicales Hôpital Pitié-Salpêtrière - Paris
Membre de l'Académie nationale de médecine

 

Sous divers prétextes la vaccination se voit contestée notamment en France, et ce de façon croissante. Ceci constitue un réel problème de santé publique. Le doute qui s’installe dans la population devient source de risque potentiel grave dans la lutte contre les maladies infectieuses. Or, plus on tente de combattre ce phénomène plus les anti-vaccinaux réagissent aidés en cela par les moyens modernes de communication. Aussi, dans un pays où le plaisir de contester l’action publique est grand, pourquoi ne pas réagir de façon provocante sur le même registre et poser la question d’un arrêt de vacciner pour en montrer les conséquences et ainsi tenter de sensibiliser les citoyens pour les mettre en face de leurs responsabilités vis-à-vis de l’ensemble de la population quant aux vaccinations.



Depuis plusieurs années déjà, la tendance à contester le bien-fondé de la vaccination ne fait que s’accentuer. Certes, les imperfections qui ont pu exister en 2009 lors de la campagne de vaccination contre la grippe pandémique AH1N1 a conforté les anti-vaccinaux, mais, cette tendance à vouloir combattre l’intérêt des vaccins existait déjà auparavant.
Répandus dans un certain nombre de pays les mouvements et associations anti-vaccinales s’expriment fortement(1) en France, mais également aux Etats-Unis, beaucoup moins dans des régions comme l’Europe du Nord. Les anti-vaccinaux représentent un danger majeur pour la santé publique dans la mesure où ils sèment le doute parmi les vaccinés et plus encore parmi les indécis. Or, pour ne représenter que 2% environ de la population, ils disposent de moyens suffisamment importants pour se faire largement entendre ! Un certain nombre de médecins, notamment, participe à ce courant d’opinion(2), transmettant ainsi leurs propres doutes à leurs patients, et de plus en plus d'universitaires(3) se joignent à ce concert de protestataires, ce qui explique en grande partie les réticences ou les refus de vaccinations dans la population française avec toutes ses conséquences(4).

Sur Internet et les réseaux sociaux circulent sans le moindre contrôle des « informations » et et autres rumeurs qui se propagent d'autant plus vite qu'elles alimentent la contestation. Sur la base                       d'arguments le plus souvent gratuits, sinon de mauvaise foi, non scientifiquement démontrés ou vérifiés, les anti-vaccinaux jouent d'autant plus facilement sur le registre de l'émotion et de la peur que la vaccination, sujet de tous temps sensible, apparaît souvent dans l'opinion comme complexe et donc suspect... On en arrive ainsi à ce paradoxe que, plus forte est la réaction de ceux qui croient aux vaccinations, plus la polémique rebondit, enfle et bénéficie aux anti-vaccinaux, au détriment de la santé publique !
Par exemple :

-          Le déclin des maladies infectieuses ne serait pas dû aux vaccins, mais à l’hygiène ;  il est donc inutile de vacciner contre des maladies que l’on ne voit plus et que les épidémies ont disparu ; mieux vaut faire une maladie assurant une immunisation naturelle plutôt que de recourir à des injections de produits potentiellement toxiques. Laissons faire la nature(5) ! C’est pourtant bien grâce aux vaccins que ces terribles épidémies et certaines de ces maladies ont régressé et ne sont parfois plus observées en France (tétanos, diphtérie). Mais, les germes qui en étaient responsables sont toujours présents dans notre environnement(6), il ne faudrait pas l'oublier, car ils peuvent réapparaître très rapidement si la protection de la population n'est plus assurée...par les vaccins !

- La vaccination serait une atteinte au respect de la liberté individuelle (7) : « mon corps m’appartient, personne ne peut exiger que je me protège contre telle ou telle infection », et le principe même d'une obligation vaccinale est devenu pour certains intolérable...  C’est oublier que la vaccination est certes un geste individuel de protection mais aussi et surtout une action collective permettant d’assurer la protection de toute une population. L’obligation vaccinale est aujourd’hui discutée et décriée en France parce que, à la différence de ce qui se passe dans les pays du nord de l'Europe, qu'on nous cite en exemple, on considère chez nous qu’une vaccination « recommandée » serait donc facultative et qu'un calendrier vaccinal est toujours trop compliqué tout simplement parce qu'il est contraignant8-9)... C'est pourquoi il suffirait peut-être de  parler, par exemple, de vaccin « indispensable » pour rendre la vaccination plus acceptable et plus incitative.

-          enfin – et ce n'est pas le moindre des arguments des anti-vaccinaux –, les vaccins seraient d'abord une manne pour une industrie pharmaceutique avide et égoïste contre laquelle il faut mener un combat sans relâche, et les scientifiques et autres experts dans ce domaines seraient forcément corrompus et discrédités par leurs conflits d’intérêts. Mais, c'est à cette même industrie, qui produirait des vaccins pour surcharger notre système immunitaire avec des adjuvants ou des conservateurs toxiques et pour provoquer impunément des effets indésirables graves pour une efficacité incertaine, qu'on en appelle pour rechercher une protection (vaccinale) en cas d'épidémie (Ebola) ou de maladie encore incurable (sida, cancer...)

Suffirait-il donc, pour inverser la tendance, de flatter cet esprit individualiste bien français qui l’emporte sur l’intérêt collectif, et d'aller dans le sens de l’esprit de contestation et de contradiction qui l’emporte toujours chez nous sur le bon sens et la raison(10) ?

Les cavaliers savent que pour arrêter un cheval emballé, s'il ne suffit pas de tirer normalement sur les rennes, il est une autre méthode, plus risquée et apparemment paradoxale, mais qui peut réussir : enfoncer les deux éperons dans le ventre de son cheval qui, ne comprenant plus qu’on exige qu’il accélère d’avantage, s’arrête !... Eh bien oui, arrêtons de vacciner et voyons-en les conséquences. Puisque vous ne voulez pas du vaccin ; essayez la maladie .

Que donnerait l'abstention vaccinale ?
Est-il besoin de rappeler que la vaccination antivariolique a fait disparaître le virus de la surface du globe, que la diphtérie a régressé complètement partout où la vaccination a été introduite et respectée, que la poliomyélite n'était qu'un mauvais souvenir dans toutes les régions du monde où des campagnes internationales de vaccination étaient conduites, que la rougeole devait être éliminée ?... Jusqu’à ce que la vaccination contre la polio soit violemment interrompue, jusqu'à ce la rougeole refasse son apparition en force, jusqu'à ce que le tétanos et la diphtérie, qu'on croyait éradiqués, fasse ressurgir en Europe le spectre des grandes épidémies...
-                     N'oublions jamais l’apport considérable(11) des vaccins à la Santé Publique en France comme dans le monde. On estime à environ 3 millions le nombre de vies sauvées chaque année grâce aux vaccins et, a contrario, le nombre de personnes qui décèdent dans le monde faute de pouvoir recevoir des vaccins existants. L’analyse de la mortalité entre les années 50 et la fin du XXe siècle montre très clairement une disparition des cas de diphtérie en France, une baisse des décès par tétanos de 20-50 à 0,25 par million d’habitants, une disparition de la poliomyélite, une régression des décès de coqueluche de 20-50 à 0,1 cas par million d’habitants. Ces chiffres objectifs sont dus ou ont pour corollaire une efficacité des vaccins contre ces infections tout à fait majeures. En France toujours, 2500 décès par grippe sont évités chaque année grâce à la vaccination. A contrario, l’OMS déclare que 5 millions d'enfants de moins de cinq ans décèdent et surtout survivent avec des séquelles de maladies infectieuses dans le monde par absence d’accès à la vaccination. On estime à 30 000 le nombre de décès annuel faute de vaccination anti-fièvre jaune dans le monde. Qu'elles qu'en aient été les raisons, partout dans le monde, un arrêt ou un relâchement de la protection vaccinale a toujours été suivi de reprise de cas. On peut imaginer pour chaque maladie donc le scénario suivant :

A – Diphtérie
Le cas de l’URSS en 1994 est emblématique(12). Pour des raisons économiques, l’arrêt de la vaccination antidiphtérique s’y est soldé par 47 000 cas et 2500 décès en 5 ans(13). Mais, l’insuffisance vaccinale contre cette maladie a aussi provoqué une recrudescence de la maladies ailleurs dans le monde(14)  / Équateur :  plus de 500 cas en 1994 :  Indonésie : 600 cas en 1995 ; Nigéria : 6000 cas en 1996 ; Inde : 2500 cas la même année. Le cas d’un enfant espagnol décédé en 2015 non vacciné sur les conseils d’une association anti-vaccinale a encore relancé la polémique anti-vaccinale(15).
B – Tétanos(16)
De nombreux cas sont malheureusement à déplorer chaque année dans plusieurs pays en développement faute d'une couverture vaccinale suffisante. En France, les rares cas encore observés résultent toujours d'un défaut de vaccination. Le cas d’un enfant de Tours hospitalisé en réanimation en 2015 était dû à une non vaccination volontaire appuyée vraisemblablement par un faux certificat médical attestant d’une vaccination antitétanique(17).
C – Coqueluche(18)
Chaque relâchement dans la vaccination s’est suivi d’une reprise de la maladie en Grande-Bretagne en 1974, au Japon en 1979 avec 13 000 cas et 41 décès et aux USA, en Californie, en 2015, où les associations anti-vaccinales sont particulièrement puissantes. Ce n’est que grâce à un soutien indéfectible à la vaccination anticoquelucheuse que la France a été épargnée.
D – Poliomyélite
Les pays, comme la France et les USA, qui ont maintenu une protection de qualité contre cette infection, ne constatent plus de cas. C'est un constat on ne peut plus clair...Le refus de vacciner d’une secte au Pays-Bas s’est soldé en 1992 par 67 cas(19). Surtout, l’éradication de la maladie était possible mais l’OMS, qui l'avait annoncée pour le début des années 2000, a dû malheureusement être repoussée à 2020, voire plus tard,  à cause de campagnes anti-vaccinales menées pour des motifs « religieux » au Nigéria, au Yémen, en Afghanistan, au Pakistan…
E – Rougeole
Le meilleur exemple, sans doute, des conséquences, attendues, prévisibles et annoncées d’un risque épidémique par insuffisance de couverture vaccinale. Pour ne s’en tenir qu’à l’Europe, la France à insuffisamment assuré sa couverture vaccinale. Pour avoir une protection suffisante, on sait qu’une couverture de la population doit être au moins de 95%. C’est dans le Sud-Est que la couverture a été la plus faible et c'est là que l’épidémie de rougeole a été la plus forte, depuis 2008, avec un pic en 2011 (20). Plus de 2000 cas ont ainsi été recensés en France devant l’Espagne, autre mauvais élève de l’Europe.

F – Hépatite B(21)
Les campagnes virulentes conduites contre le vaccin hépatite B sur la base de risques post-vaccinaux hypothétiques de démyélinisation, dont la corrélation n’a pas jamais été démontrée scientifiquement, se sont soldés par une baisse drastique de la protection de la population française (29%) en 2004, plaçant de ce fait la France au dernier rang en Europe de la couverture contre cette infection. Mais, force sera de constater les conséquences sévères de cette carence : cirrhoses, hépatocarcinomes.
G – Infection à Papillomavirus
Comme pour l’hépatite B, la même campagne anti-vaccinale jouant sur la crainte de réactions auto-immunitaires a été menée. Or, ici encore, les travaux récents ont clairement démontré l’absence de toute corrélation entre vaccination et maladies auto-immunes(22), et, si la protection vaccinale contre le cancer du col a été démontrée, la faible protection assurée aujourd’hui en France ne pourra malheureusement que favoriser le nombre  de cancers du col chez la femme jeune(23).
H – Pneumocoque
La baisse significative des cas d’infection à pneumocoques depuis l’utilisation du Prevenar démontre l’efficacité de la protection des populations fragiles vis-à-vis des infections sévères à ce germe(24).
I – Grippe
De même, l’analyse des courbes de mortalité chez les personnes âgées, cible numéro1 de la vaccination antigrippale annuelle, montre clairement que la réduction du nombre de décès est directement liée à l'amélioration de la couverture vaccinale(25).

On pourrait poursuivre cette démonstration en évoquant les succès de la vaccination contre la Méningite à Haemophilus influenzae, la rubéole et les vaccinations dite des voyageurs…

En conclusion, Il est impératif de rappeler qu’au-delà de la protection individuelle essentielle, la vaccination est un test de protection collective, une action civique. L’appréciation en matière de bénéfice/risque est à l’évidence en faveur des vaccins pour toutes les maladies infectieuses, dont la sévérité en termes de mortalité ou de séquelles, est élevée, et  pour lesquelles la circulation de l’agent infectieux demeure, et ce de manière importante(6). Dès lors, que ceux qui veulent s'obstiner dans la négation des faits, surtout scientifiques, refuser les progrès sanitaires universellement reconnus, rejeter ce que les pays qui ne les possèdent pas aimeraient tant obtenir, ne pas obéir à la loi, bref régresser, le fassent en connaissance de cause … et en prenant leurs responsabilités d'individu, de parent et de citoyen !


Références

1.       Simon S. : Les 10 plus gros mensonges sur les vaccins – Dangles 2005
2.       Berthoud f : La (Bonne) Santé des enfants non vaccinés -  Edition Jouvence.
3.       Joyeux H. : Vaccins : comment s’y retrouver ? Editions du Rocher
4.       Favereau E. : Généralistes. A quel vaccin se vouer ? Libération 11/07/2015 – n°10619 Ed WE
5.       Piantadosi S. Byar D.P. Green S.B. The ecological fallacy Am J. Epidermiology 1988. 127 : 893-894
7.       Choffat F. : Vaccinations : le droit de choisir - Editions Jouvence 2009
8.       HCSP : “Aluminium et vaccins – Rapport 11/07/2013. 61 pages
9.       Bégué P. Ginard M. Bazin H. Bach. JF : Les adjuvants vaccinaux : quelle actualité en 2012 ?
              séance du 26/06/2012http://www.academie-medecine.fr/publication100100054/
10.   Kunnas T. Nietzche o l’esprit de contradiction. Nouvelles Editions Latines 1980 – 257 pages
11.   Groupe « Avancées Vaccinales ». Impact des programmes de vaccination généralisée de l’enfant en France au XXe siècle. La revue du Praticien 2010.20.1044-8
12.   Dittman S. Wharton M. Vitek C. et al Successful control of epidemic
diphtheria in the states of the Former Union of Soviet Socialist Republics : lessons learned. Journal of infections diseases 2000; 181: suppl.1 S10-22
13.   Update: Diphtheria Epidemic--New Independent States of the
former Soviet Union, January 1995-March 1996 – MMWR 1996;45 (32)693-7
14.   Rey M. Patey O. Vincent-Ballereau F. Retour de la diphtérie en Europe - Eurosurveillance 1996 ; (1) 2.
15.   Morel S. : Trente ans après son éradication, la diphtérie apparaît en Espagne. Le Monde – 10/06/2015
16.   INPES – Direction Générale de la Santé – Comité technique des vaccinations- Guide des vaccinations 2012 – 231-235.
17.   Cas de tétanos chez un enfant de 8 ans : ouverture d’une enquête Le Quotidien du Médecin – 22/07/2015
18.   Pertussis global annual reported incidence and DTP3 coverage, 1980-2007 WHO/IVB database 2008- 193 WHO Member States Data as of August 2008
19.   Van Wijngaarden JK, Van Loon AM The polio epidemic in The
Netherlands, 1992/1993 Public Health Rev. 1993-1994 ; 21(1-2):107-16
20.   Bandon C. Parent du Chatelet I – Freymuth F et al Caractéristiques de l’épidémie de rougeole démontrée en France depuis 2008 : bilan des déclarations obligatoires pour les cas survenus jusqu’au 30/04/2011 BEH 33-34. 20/09/2011
21.   Bégué P. et al : La vaccination contre l’hépatite B en France : maintien des recommandations et renforcement de la couverture vaccinale. Communiqué, 14.10.2008  http://www.academie-medecine.fr/publication100035919/
22.   Madrid Scheller N. Svanström H. Pasternak B. Arnhem-Dahlström L. et al Quadrivalent HPV vaccination and Risk of Multiple Sclérosis and Other Demyelinating Diseases of the Central Nervous System JAMA 2015; 313(1):54-61
23.   Dervaux B. Lenne X. Levy-Bruhl D. Kudjawu Y. Modélisation médico-économique de l’impact de l’organisation du dépistage du cancer du col utérin et de l’introduction de la vaccination contre les HPV dans le calendrier vaccinal. Mars 2007-Saint Maurice : INVS-Novembre 2008 25 pages.
24.   Pilishvili T. : Changes in invasive pneumococcal disease (IPD) incidence by serotype group among children ˂5 years PID5 2010-201-32-41
25.   GROG, open Rome : Epidémiologie de la grippe en France et couverture vaccinale des personnes âgées. Données INSERM, INSEE, CNAMTS, GEIG – Juillet 2000
26.   Bégué P. Buisson Y. : A propos du maintien ou de la levée de l'obligation vaccinale communiqué, 27.10.15  http://www.academie-medecine.fr/publication100100474/
27.   Bégué P. : la vaccination demeure un des fondements de la médecine préventive communiqué, 16.06.15 http://www.academie-medecine.fr/publication100100456/
28.   Bégué P. Bricaire F. : à propos d'éventuels effets indésirables graves de la vaccination anti- France Communiqué  4.12.2013 http://www.academie-medecine.fr/publication100100233/
29.   Obligation vaccinale : protéger sans contraindre, c'est possible Communiqué de presse, 19.01.2016 http://www.academie-medecine.fr/obligation-vaccinale-proteger-sans-contraindre-cest-possible/


Textes de l'ensemble des interventions

Discours de Mme Marisol Touraine, le 2 février 2016

Madame Marisol Touraine ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes a ouvert la séance thématique consacrée aux vaccinations, le mardi 2 février. Dans son allocution, elle a  clairement indiqué son désir de mettre en place en 2016 une série  d’actions dont on attend une amélioration de la couverture vaccinale en  France.
Accueil de Madame Marisol Touraine, ministre de la santé 
Madame la Ministre,
Votre venue en ce jour dans notre Académie porte un symbole fort et nous honore. L’Académie de médecine fut instituée en 1820 « pour répondre aux demandes du gouvernement sur tout ce qui intéresse la santé publique et s’occuper de tous les objets d’étude et de recherche qui peuvent contribuer aux progrès des différentes branches de l’art de guérir ». Ces termes qui nous définissent et qui sont repris dans nos récents statuts de 2013 expliquent l’importance de votre présence aujourd’hui en cette enceinte. Mais le symbole se renforce encore par le thème de cette séance et celui de votre action : la vaccination. Vous avez résolument porté cette question au niveau national et vous voici dans cette académie dont une des missions historiques est la vaccination. Que de moments importants se déroulèrent ici, depuis la vaccination antivariolique pratiquée longtemps en ces lieux jusqu’aux discussions sur le vaccin BCG ou sur la vaccination antipoliomyélitique, sous cette coupole.
C’est avec un grand intérêt et avec plaisir, Madame, que mes confrères et moi nous vous accueillons et que nous sommes à l’écoute de vos propos.
Pierre Bégué
Président de l’académie nationale de médecine



Et si l'on arrêtait de vacciner! Intervention Pr François Bricaire




L’hésitation vaccinale: une perspective psychosociologique Intervention Jocelyn RAUDE*




LES ADJUVANTS VACCINAUX Rapport, 26 juin 2012

Pierre Bégué, Marc Girard, Hervé Bazin, Jean-François Bach. Commission VII (maladies infectieuses et médecine tropicale)




PHARMACOVIGILANCE DES VACCINS EN FRANCE Intervention Jean-Louis MONTASTRUC Chef du service de pharmacologie médicale et clinique du CHU de Toulouse




Estimation de l’impact épidémiologiquedes niveaux de couverture vaccinale insuffisants en France Intervention  Daniel Lévy-Bruhl Institut de Veille sanitaire


6 commentaires:

  1. « Que donnerait l'abstention vaccinale ?
    Est-il besoin de rappeler que la vaccination antivariolique a fait disparaître le virus de la surface du globe, ... » écrivez-vous Professeur François Bricaire.

    C'est bien de le rappeler car c'est très loin d'être vrai ! On peut distinguer 3 vaccinations dans la campagne d'éradication de la variole : la vaccination de routine, dite de masse ; la vaccination des contacts et celle des équipes de santé qui pouvaient se trouver au contact des varioleux. On a d'abord voulu éradiquer la variole par la vaccination de masse et affirmé pouvoir le faire en 4 à 5 ans avec une couverture à 80%. Ce fut un échec reconnu, même quand la CV dépassait 90% (rapport de la Commission mondiale pour la certification de l'éradication de la variole).
    Il y eut alors un changement très important de stratégie avec 2 actions très différentes : la recherche active des malades (affiches) et de leurs contacts avec des critères pertinents, puis l'isolement des uns et des autres d'une part ; d'autre part la vaccination systématique des contacts, celle-ci étant affirmée efficace dans les 4 jours qui suivaient le contage. On a alors affirmé que cette vaccination, en complétant celle de masse, avait permis de vaincre la variole, oubliant un peu vite le rôle de l'isolement.
    Des expérimentations conduites sur des singes en 2005 et surtout en 2008 (Earl) montrèrent, pour le moins, que cette vaccination était inefficace même pratiquée 4 jours avant la dose épreuve (et non pas 4 jours après). Voici la réponse des auteurs à cette affirmation :

    « Analysis of historical records suggests that primary vaccination within 4 days after exposure to smallpox is usually protective of serious illness. Because the incubation period preceding systemic smallpox is 2 weeks, it is understandable that Dryvax administered only 4 days before an i.v. challenge would not be protective. »

    De plus, ces auteurs et d'autres qualifient ''d'anecdotiques'' les données sur lesquelles certains avaient voulu s'appuyer pour justifier une telle affirmation. Notre plan variole 2006 avait intégré la vaccination systématique des contacts sans retenir aucune contre indication pour une vaccination redoutable et non efficace dans ces conditions ! Le HCSP a recommandé (avis du 22/12/2012) l'utilisation des antiviraux sur les contacts... Notre plan variole n'a pas encore été modifié...

    Par contre, sur des singes, la vaccination pratiquée à une distance suffisante de l'épreuve s'est montré efficace. Pourtant, sur le terrain elle fut, la plupart du temps incapable de venir à bout de la variole, c'est reconnu et a justifié le changement de stratégie. Alors, qu'est-ce qui à vaincu la variole ? La recherche des malades et des contacts suivie de leur isolement, il n'y a plus guère de doute à avoir à ce sujet.

    On constate aussi, chemin faisant, que les autorités vaccinales ont affirmé et imposé de façon extrêmement coercitive et sans aucun fondement une vaccination dangereuse qu'il aurait mieux valu arrêter de pratiquer.

    J'avais présenté sur ces questions une communication affichée au congrès de la Sfsp (Société française de santé publique) les 17-19 octobre 2013 à Bordeaux :
    http://p0.storage.canalblog.com/02/21/310209/90757466.pdf
    associé à un article récapitulatif avec de nombreux liens et références :
    http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2013/10/16/28149160.html 

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  2. « le tétanos et la diphtérie, qu'on croyait éradiqués, fasse ressurgir en Europe le spectre des grandes épidémies... » nous dit encore le Professeur François Bricaire … Il ne faudrait rien exagérer, Professeur, restons réalistes et lucides s'il-vous plait !
    D'abord il n'a jamais été dit sérieusement que la diphtérie avait été éradiquée et tout le monde sait que le tétanos ne peut être éradiqué. L'OMS a donné les définitions d'éradiqué et d'éliminé. Une maladie est éradiquée quand l'agent infectieux qui la provoque n'existe plus sauf dans des laboratoires où il est confiné. C'est le cas pour les 2 virus de la variole, celui de la variole majeure et celui de la variole mineure (encore nommée alastrim) proclamés officiellement éradiqués le 8 mai 1980. La suppression des moyens de lutte fait partie de la définition d'une éradication mondiale et c'est ce qui fut fait pour la variole en interrompant la vaccination. C'est le cas pour le virus polio sauvage de type 2 officiellement mondialement éradiqué le 20 septembre 2015 [1]. Les 3 virus polio sauvages ont aussi été officiellement éradiqués de la zone Amérique de l'OMS ainsi qu'en 2002 de la zone Europe comprenant la Turquie et les pays de l'Est. Il s'agit là d'une éradication non mondiale.
    Cette éradication non mondiale n'empêche pas des importations de virus polio comme cela s'est produit en Russie par exemple. D'où, pourrait-on penser conclure, la nécessité de maintenir une couverture vaccinale très élevée contre la polio.
    La contamination par le virus polio se fait généralement par voie orale. Les virus vont alors suivre les deux mêmes voies que la nourriture : certains franchiront la barrière intestinale et d'autres poursuivront leur route avec les selles. Les anticorps du vaccin injectable, le seul utilisé en France depuis très longtemps, pourra stopper les virus ayant franchi la barrière intestinale et ainsi éviter, le cas échéant, une paralysie. OK ! Par contre les anticorps crées par le vaccin injectable ne pourront que regarder les autres virus polio poursuivre leur route dans l'intestin. C'est très clair et parfaitement reconnu : le vaccin injectable n'a aucun effet sur la propagation des virus polio.
    C'est pour cette raison qu'on a crée un vaccin oral à virus vivants (VPO) et que c'est lui qui est utilisé et non l'injectable dans le programme d'éradication des virus polio sauvages. Le VPO crée 2 immunités : les virus du vaccin qui passent la barrière intestinale peuvent créer des anticorps comme l'injectable, mais aussi, parfois, provoquer une paralysie chez le vacciné. Il va aussi créer une immunité intestinale qui permettra de neutraliser les virus polio qui, plus tard, passeraient par là. Très Bien ! Sauf, petit détail, que cette immunité n'existe pas à la première ingestion du vaccin. Aussi des virus vaccinaux poursuivent leur route pour aller là où iront les selles. Ce sera tout le sel de l'histoire, si je puis dire !

    [1] http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2015/09/24/32675770.html

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  3. Suite de l'histoire … des selles !

    En effet, s'il existe une collecte et un traitement des eaux usées, les virus contenus dans les selles seront neutralisés. Par contre si elle peuvent contaminer des eaux qui seront par la suite consommées par les populations, ces virus vaccinaux pourront circuler dans les intestins des populations, se recombiner avec d'autres entérovirus et redevenir virulents comme cela a été maintes fois constaté.
    Pour ces raisons rapidement rappelées, l'arrêt du VPO fait partie intégrante du plan d'éradication comme l'OMS ne cesse de le rappeler. Oui, pour avoir une chance d'éradiquer la polio il faudra, au préalable, arrêter d'utiliser le vaccin polio oral. Oui, Professeur Bricaire, il peut être indispensable d'arrêter un vaccin pour éradiquer une maladie !
    Une chose devrait être très claire : si ces 2 vaccins peuvent éviter des paralysies chez des vaccinés, aucun des deux ne peut permettre l'arrêt de la circulation des virus polio, qu'ils soient sauvages ou d'origine vaccinale. Or ces virus ont cessé de circuler en France et même dans la zone Europe de l'OMS (sauf importations ponctuelles). L'éradication ne veut pas seulement dire « plus de paralysies » mais « les virus polio ne circulent plus » ce qui est très différent.
    La preuve la plus spectaculaire : alors que le polio virus sauvage de type 2 était officiellement éradiqué, des paralysies provoquées par des poliovirus dérivés de souches vaccinales étaient relatées par l'OMS au Mali le 7 septembre 2015. La simultanéité des 2 informations est particulièrement révélatrice ! [1]
    En conclusion ce ne sont pas les vaccinations qui ont permis de stopper cette circulation, ils ne le peuvent pas. Ce sont l'ensemble des mesures de maitrise de l'eau, à commencer par la collecte des eaux usées et leur assainissement (totalement différent du tout à l'égout où les eaux ne sont pas traitées). C'est aussi ce qui nous protège de la polio : absence de circulation des virus signifie absence de contamination. Une importation par un voyageur ou un immigré pourrait-elle rétablir cette circulation ? Notre système de surveillance est telle qu'elle serait de très courte durée et dans une zone très limitée. C'est arrivé à Genève il y a quelques années où des virus polio ont été découvert dans l'environnement. Ils n'ont généré aucun cas. Grâce à la vaccination de la population ou grâce à la protection de l'eau  consommée par les populations ?

    [1] http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2015/09/24/32675770.html

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  4. Permettez moi de vous apporter la contradiction sur plusieurs points, en me référant à des données scientifiques vérifiables.
    Tout d'abord, pour ceux que vous appelez les anti-vaccinaux « le déclin des maladies infectieuses ne serait pas dû aux vaccins, mais à l’hygiène », mais c'est l'OMS elle-même qui l'a déclaré en ces termes : « On peut se demander si l'abaissement du taux de mortalité n'a pas été trop aisément attribué à l'action sanitaire. Au cours du processus de développement, qui fut long et relativement lent dans la plupart des pays actuellement industrialisés, le développement économique, surtout au stade initial, a probablement contribué plus efficacement que la santé publique et la médecine clinique à réduire la mortalité. (1) »

    Venons en maintenant à deux exemples emblématiques : la variole et la diphtérie.
    Tout d'abord, la variole : Dans le rapport de son éradication publié par l'OMS et consultable sur internet, on peut lire : « Les campagnes d'éradication reposant entièrement ou essentiellement sur la vaccination de masse furent couronnées de succès dans quelques pays mais échouèrent dans la plupart des cas. […] Il eût été extrêmement coûteux et logistiquement difficile, sinon impossible, d'atteindre des niveaux beaucoup plus élevés de couverture. Avec les moyens disponibles, il fallait absolument changer de stratégie. »
    Ce qui fut fait en adoptant la stratégie de surveillance-endiguement au sujet de laquelle le porte parole de l'OMS put déclarer au journal Le Monde (21-12-1977) : « Sur le plan stratégique , l'abandon de la vaccination de masse en faveur de l'approche de surveillance-endiguement revêtit une importance capitale. Avec ce type d'approche, on parvenait à faire complètement échec à la transmission, même lorsque l'incidence variolique était élevée et les taux d'immunisation faibles. » Il est difficile d'être plus clair pour montrer l'insignifiance de la vaccination antivariolique.

    (1) Rapport sur les statistiques sanitaires mondiales, OMS, 1974, 27 (5).

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  5. Venons en maintenant à la diphtérie.
    Il ne faudrait pas oublier que les épidémies ont une vie : elles naissent, se développent et meurent. La diphtérie en est un bel exemple.
    Dans un opuscule de l'OMS publié en 1962(1), on peut lire ceci : « il est vrai que la fréquence des cas nouveaux de diphtérie peut augmenter et diminuer indépendamment des programmes de vaccination. Il y a une centaine d'années [en 1858] Sir John Simon, premier titulaire du poste de Medical Officer au Conseil privé de Grande Bretagne, disait : la diphtérie
    est une maladie qui, bien qu'elle ait été autrefois répandue, est presque inconnue de la génération actuelle des médecins britanniques.» Or, à cette époque le vaccin n'existait pas!

    Par ailleurs, vous écrivez : « La diphtérie a régressé complètement partout où la vaccination a été introduite et respectée ». Une publication fort intéressante (2) a montré qu'entre 1940 et 1950 les épidémies de diphtérie se sont développées de la même façon en France, Hollande, Norvège, Suède, Danemark, Finlande, avec une crue jusqu'en 1945 suivie d'une régression très rapide, quel que soit le degré d'immunisation.
    Ces auteurs mettent en relief le cas de la Norvège qui a vu le nombre de décès dus à la diphtérie chuter de 555 à 2 entre 1908 et 1939 alors que la vaccination était peu pratiquée (notamment parce que le vaccin ne fut mis au point qu'en 1923) alors que le nombre de décès est remonté à 747 en 1943 en dépit d'une vaccination obligatoire depuis 1941.

    Vous écrivez également « un arrêt ou un relâchement de la protection vaccinale a toujours été suivi de reprise de cas .» Le cas emblématique de l'Allemagne vient à l'encontre de cette affirmation.
    Ce pays connaissait depuis longtemps une incidence diphtérique élevée (3). En 1941, la vaccination devint obligatoire. Dès 1942, 80% des enfants des enfants de la ville de Berlin étaient vaccinés. Or la mortalité diphtérique sextupla en cinq ans de vaccination obligatoire. Au vu de cet échec et des maigres moyens financiers dont disposait l'Allemagne à la fin de la guerre , l'obligation de vaccination fut suspendue . En dépit de conditions de vie difficiles (sous-alimentation, problèmes de logement liés aux destructions de la guerre, promiscuité) morbidité et mortalité diphtériques s'effondrèrent en l'espace de cinq ans seulement alors que tout pouvait faire craindre le contraire(3).
    Ces quelques exemples permettent vraiment de douter de l'impact des vaccinations dans la régression de la diphtérie. Et en France me direz-vous ? Il y eut pour commencer l'obligation de vacciner les hommes au service militaire à partir de 1931 puis l'obligation de vacciner la population enfantine en 1938. Des campagnes massives de vaccination furent entreprises en 1942, ce qui n'empêcha pas le triplement du nombre de cas de diphtérie dès 1943 et jusqu'en 1945, comme en atteste l'Annuaire statistique de la France. L'inefficacité était patente. Comment a-t-elle pu ne pas apparaître au grand jour ? Tout simplement en considérant, comme cela figure dans les manuels scolaires, que les vaccinations n'ont débuté qu'en 1945, ce qui est manifestement faux. Un tel comportement n'a rien d'honnête et encore moins de scientifique.

    (1) Cahiers de santé publique n°8, OMS. 1962, Le rôle de l'immunisation dans la lutte contre les maladies transmissibles.
    (2) Madsen T. et S. : Danish medical bulletin, 1956, 3 (4) : 112-121.
    (3) Rendu R. Résultats comparés de la vaccination et de la non-vaccination dans la lutte contre la diphtérie. Journal de médecine de Lyon, 1954, 35 (819) : 147-160.

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  6. Un collectif autour de la députée européenne (EELV) Michèle Rivasi réclame une convention de citoyens sur la vaccination

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